claire de chavagnac brugnon

à propos de l’artiste

claire-atelier-bretagne

© J-L Petit

Née à Lannion en 1950. Elle suit des études d’architecture et design avant d’intégrer les Beaux-arts et les cours de la ville de Paris. Après avoir travaillé aux opéras de Paris, elle ouvre en 1993 une section de décor peint et décor éphémère à l’école des arts appliqués AFEDAP (Paris). Depuis 1996, l’artiste a ouvert son propre atelier.

Claire de Chavagnac Brugnon was born in Lannion, France, in 1950. She studied architecture and design before joining the fine arts classes in Paris. After working for the Paris Opera houses she opened a department of scenic painting and short-lived settings at the School of Applied Art in Paris (AFEDAP). She’s had her own workshop since 1996 and she exhibits her works internationally.

 

DÉMARCHE

Les mots de l’artiste

Mon travail trouve sa source dans ma relation au monde avec pour préoccupation d’en organiser la trace mémorielle et sensorielle. D’abord  retenir des fragments du temps, garder la conscience de leur écoulement, voyager dans la mémoire des espaces traversés. Ensuite transcrire au moyen de signes  simples  et vibrants.

La découverte du travail de Claude Lagoutte, son rapport au paysage, aux voyages comme apprentissage furent un écho à mes préoccupations, mon mode de recherche. Retenir, trier, organiser, transcender. Trouver la trame, la respiration –  rapidement dans les carnets telles des gammes, après une lente introspection sur la toile – constitue le corps de mon action. Garder la trace d’un espace singulier et sensible nécessite souvent maturation et nombreuses recherches avant l’élaboration de l’œuvre aux moyens de  gestes simples . Simon Hantaï et Pierre Soulages dans la sobriété de leur pratique, Agnès Martin au travail sensible d’une rigoureuse discrétion, Robert Motherwell des années 70, Mark Rothko, ou encore Peter Zumthor dans son travail photographique, Sam Francis – l’écart de ses aquarelles, le travail du vide –  et tant d’autres m’ont nourrie  à différents niveaux de mes réflexions.

Petit à petit mes besoins de découvertes et  de déambulations se sont déplacés vers les espaces libres, comme les déserts ou les côtes bretonnes,  ouverts à la respiration et aux sons qui libèrent la pensée. Le signe s’est simplifié, le geste s’est fait plus économe sans perdre son amplitude, la couleur plus sobre. Jean Degottex, dont j’admire l’efficacité et la sobriété des dernières œuvres sur matériaux dits pauvres, écrit : «Du signe, je suis passé à l’écriture, de l’écriture à la ligne d’écriture et de la ligne d’écriture à la ligne». Il s’est opéré quelque chose de cet ordre dans mon travail ces dernières années avec la simplification du geste, le signe souvent réduit à la ligne ou aux suites de traits verticaux,  pour saisir le temps dans une pratique de plus en plus épurée.

Dans la soustraction des informations je recherche la vie à travers un médiateur discret, en résonnance aux expériences du vécu. L’espacement des éléments de construction, un décalage sur la ligne, une simple irrégularité de surface suffisent souvent à faire naître la vibration qui va modifier l’ensemble et lui donner vie. Les « Déserts blancs », les « Terres rouges » et « Lacs salés » du Walpiri County à mon retour d’Australie ont ouvert de nouvelles voies pour traduire la lumière naissante sur l’immensité de l’espace à peine troublé à l’horizon par quelques reliefs de roches rouges, les rayons du soleil rasant l’extrémité des hautes herbes tapissant le sol à perte de vue ou la profondeur des canyons rouges. La succession des traits horizontaux, l’espace entre les lignes, les couleurs alternées traduisent au plus simple l’immensité de la quasi nudité de l’espace, les légères  vibrations sous le  soleil.

La série des « Brumes » sur la mer bretonne de l’été 2018 s’est nourrie de mes expériences « australiennes » pour avancer dans la sobriété. Exprimer, faire ressentir la lumière du ciel sous la brume, le reflet sur le clapotis de l’eau, la bande de sable avec ses ondulations creusées par le retrait de la mer ou la terre à peine visible qui monte rejoindre le ciel dans une ambiance ouatée tout en restant dans la non représentation littérale.  Ces œuvres sont faites de très peu, mais la construction graphique minutieuse et le dosage du liquide coloré

plus ou moins aqueux qui imbibe la toile au passage du spalter, nécessitent la juste maîtrise du geste.

A l’inverse de mon travail d’il y a plusieurs années où je déroulais sur la ligne un graphisme coloré au fur et à mesure du déroulement de ma déambulation  mentale dans le souvenir relaté, aujourd’hui l’élaboration de l’œuvre suit un protocole préalablement établi qui donne  les rythmes, les silences, la « musique » à chaque étape de la construction des trames successives. Ce processus crée une distanciation d’avec le sujet sans pour autant s’en éloigner. Le déroulement peut ensuite être bouleversé en fonction de la part d’irrégularité, voir d’accident, accueillie comme inhérent au processus. La remise en question de l’ensemble au cours de l’action offre un espace de spontanéité qui permettra l’incarnation dans la matière. Plus l’œuvre va vers l’épure, plus le détail le plus infime soit-il fera vibrer l’ensemble, la vie naissant de ces petites imperfections. Je retrouve aujourd’hui ces phrases qui illustrent assez bien mon état d’esprit en abordant ces travaux dans RESONNANCES de Lee Ufan : «L’arrangement ordonné de la surface n’est qu’une conséquence superficielle…  Le pinceau concret compose (alors) des cellules volontaires et des existences conscientes. Chaque trait du pinceau emmagasine une énergie utile , c’est un corps vivant, qui a été poli et aiguisé. il naît dans un équilibre réciproque, dans le rythme et la respiration. c’est pourquoi la surface picturale… fait ressentir le mouvement de la vie … » 1

Dans ce travail sur la mémoire plusieurs strates se superposent  et créent une nouvelle image qui se détache de son point de départ. Elle en propose une nouvelle forme et en devient la nouvelle réalité.

Etel Adnan écrit dans son recueil IN SEA AND FOG : «To be in the fog is to be in a state of suspension. What’s true is then not true ; the mind’s liberation. Beyond anti-matter, more matter or more spirit?”2  («Etre dans le brouillard c’est être en état de suspension. Ce qui est réel n’est alors pas réel ; Libération de esprit . Au-delà de l’antimatière, plus matière, plus d’esprit?») Peut-être en réaction aux arts de démonstration, je cherche l’œuvre claire, intimiste et sensible qui passe par l’œil et la main. Capter un instant de vie devient le moteur de tout mon travail dans la richesse d’une  vibration , onde presque imperceptible dans mon chemin de vie.

Qu’est-ce que le regardeur va faire de l’image? L’objet doit permettre à l’émotion de se libérer au-delà de ses limites. Denis Hirson écrit dans, Claire de Chavagnac-Brugnon, La mémoire sans mot : «Ce qui importe, pourtant, ce n’est pas l’origine mais le jeu des couleurs , le rythme des signes, leur ricochet sur le regard et l’ouïe du présent. Chaque empreinte est tour à tour la traduction du souvenir en lumière, de la lumière en pigment, du pigment en écriture musicale. »3

Claire de Chavagnac-Brugnon , février 2019

1 Lee Ufan Résonnances,érits d’artistes, Beaux Arts de Paris Edition, juin 2013, P256

2 Etel Adnan, Sea and Fog , Nightboat Books, Callocoon, New York ,second printing 2013, p70

3 Claire de Chavagnac-Brugnon, La Texture du Temps, Intro Denis Hirson, Ed Lelivred’art 2014

The Artist in her own words

My work is inspired by how I relate to the world. My concern is to find a sensory pattern within the shifting memories, to capture fragments of time, remain conscious of their passing, travel though the spaces left by memory; then transcribe all this using simple but vibrant abstract signs.

Claude Lagoutte’s work was a discovery, his connection to landscape, his vision of travel as an apprenticeship echoed my own concerns and personal research.

I need to remember, then sort through, organize and ,finally, transcend my material.

I need to find the framework, the energy pattern by quickly jotting things down in a notebook, like playing scales on an instrument, after taking the time to think about the canvas. Sustaining the memory of a place to which I have been particularly sensitive often requires a lot of research and a period of slow maturation, before I am ready to start working on a canvas by means of simple movements of the hand.

I owe so much to people like Simon Hantaï and Pierre Soulages for the sobriety of their art, to Agnès Martin for her sensitive yet rigorous discretion, to Robert Motherwell of the 70s, Mark Rothko and Peter Zumthor’s photographic work, Sam Francis for the approach to space on space and emptiness in his vivid watercolours.

My need for fresh discovery and my wanderings have gradually taken me to wide open spaces, the freedom of the desert, the breathing space and sound of Brittany coastline. I have simplified my use of signs; my brushstrokes have become more economical though as ample as before, my colours more sober. Jean Degottex, whose  restrained yet powerful late work on “poor” material I admire, says: “From the sign, I went on to writing, from there to the written line and then on to simple straight line.” Over the past few years something similar has occurred in my own work, the sign often being reduced to a straight line or a series of vertical strokes, in order to transmit an increasingly  distilled sense of time.

Eliminating superfluous information, I seek out life through a discreet medium  which resonates with my experience. While painting, a vibration generated between the elements of my construction, in a fault-line or simple irregularity of a surface, will modify an entire piece and give it life. On my return from Australia, the ”White Deserts ”, “Red Lands” and “Salt Lakes” of Walpiri County opened up new avenues by which to transcribe the light emerging from the immensity of space, disturbed only by a few red rocks on the horizon, sunlight skimming over a carpet of tall grass that stretched as far as the eye could see, or the depth of canyons. Nothing reveals better than a series of marks, spaces between lines and alternating colours, the immensity  of a practically naked space, the slight vibration of the sun.

The summer of 2018 “Mist” series, done on the sea in Brittany, was nourished by my experience in Australia. I wanted to convey, as soberly as possible, the sensation of light in the mist-covered sky, its reflexion on the lapping water, sand ribbed by the out-going tide or the crests of land reaching towards the sky in a haze, all of this while avoiding any literal transcription.

These works are minimalist but required meticulous graphic construction and well-controlled  gestures, so that more or less watered down colours soak into the canvas as the spalter passes over it.

 Unlike my previous work, in which I developed a coloured graphic line following the wandering of my mind through a narrative based on memory, today my work follows a pre-established protocol. Rhythms are generated, as are silences and sort of music, during the construction of successive frameworks. This in turn involves creating a distance from the subject, while remaining close to it  at the same time. The sequence can then be upset by  irregularities or even accidents inherent in the process; constant questioning allows for the material to come alive.  As the work becomes increasingly pure, the smallest detail will cause the whole to vibrate, life emerging from tiny imperfections. The following lines from Lee Ufan’s “Resonances” express my present state of mind : “ The orderly arranging of the surface is only a superficial consequence… In a concrete manner the brush then composes cells with life of their own, a form of conscious existence. With each brushstroke useful energy is stored, it is a living body which has been polished and honed, born of a reciprocal balance between rhythm and breathing. This is why the surface of the picture…allows us to feel the movement of life…”1 Several layers overlap in this work on memory, creating a new image which detaches from its point of departure. It takes on a new shape and becomes a new reality.

Etel Adnan writes in her book IN SEA AND FOG: “ To be in the fog is to be in a state of suspension. What’s true is then not true; the mind’s liberation. Beyond anti-matter, more matter or more spirit?”2 Perhaps in reaction to the illustrative arts, I seek work that is clear, intimate and sensitive, reaching directly from the eye to the hand. The driving force of all my work is to capture a moment of life in the richness of a vibration, an almost imperceptible wave in the course of my life.

What will the onlooker do with this image? Feeling should be freed beyond limits. Denis Hirson writes in “ Claire de Chavagnac-Brugnon, Memory without words: What is important is not the origin source of the image but the resulting play of colours, the rhythm of the signs, the way they ricochet, reaching the eye and ear of present. Each mark is a translation of  memory into light, light into pigment, pigment into a musical notation for the eye.”3

 

February 2019, Claire de Chavagnac-Brugnon

1 Lee Ufan Résonnances, Ed

2 Etel Adnan, Sea and Fog , Nightboat Books, Callocoon, New York ,second printing 2013, p70

3 Claire de Chavagnac-Brugnon, The texture of Time, Intro Denis Hirson, Ed Lelivred’art 2014

Travaux sur papier fin:

J’utilise différents supports de travail, chacun d’eux étant propre à un aspect bien déterminé à l’intérieur de ma pratique.

J’ai parlé précédemment des toiles ainsi que des carnets de voyage et études sur papier. Ici je parlerai d’une pratique qui s’est invitée dans mon travail au fil des années .

Sur des papiers très fins je trace de petits bâtons verticaux souvent à l’encre dans un geste répétitif et métronomique. La main se déplaçant de trait en trait forme une ligne, suivie d’une autre et ainsi de suite tout au long de la page.   Je scande ainsi le temps dans des moments de la journée qui sont des traits d’union d’une action à une autre. Je traite ces  « espaces temps » comme des poèmes, dans une suite de rythmes articulés. Ils s’ordonnent d’eux-mêmes sur la page dans une musicalité reflétant les moments qui les voient naître. La verticalité du trait noir joue à part égale dans l’harmonie avec le blanc de la feuille -à la fois manque, silence et respiration-. L’ensemble se construit  par ce que les jours successivement apportent, l’attitude face au travail, la lumière, l’outil, ma propre respiration et humeur.

Ces espaces deviennent lieux. « Comme le temps sacré est une coupure dans le cours ordinaire du temps (ils créent) une spatialité d’un autre ordre »*.

Claire  de Chavagnac , avril 2019

*Henri Maldiney, L’arts, l’éclair de l’être, édition COMP’ACT, collection Scalène page 179.

Works on fine paper:

I use different materials in my work, each particular to a highly specific aspect of my practice.

 Previously I spoke about canvasses, travel diaries, studies on paper. Here I will talk about a practice that has come uninvited into my work as the years have gone by.

 On very thin paper and very often in ink, I draw little vertical stick-like lines, my hand movement being at once repetitive and metronomic. Moving from mark to mark, the hand creates a line, followed by another and so on from top to bottom of the page. In this way I punctuate time, linking one act to another at different moments of the day. I treat these “time-spaces” as a series of rhythmic poems. They arrange themselves musically on the page reflecting the moment that brought them into being. The vertical black mark creates as much harmony as the whiteness of the page – absence, silence, breath. The whole is constructed with what each day brings, my own approach to the work, light, the tool, my own breathing and mood.

These spaces become places. “As sacred time is a break in the ordinary flow of time (they create) a different dimension of space.”*

February 2019, Claire de Chavagnac-Brugnon

*Henri Maldiney, L’arts, l’éclair de l’être, édition COMP’ACT, collection Scalène page 179

Claire de Chavagnac Brugnon : la mémoire sans mots/Memory without words

Claire de Chavagnac Brugnon s’est promenée en Chine, au Japon, en Inde, à New York, en Bretagne et ailleurs, toujours ailleurs, à tracer chaque fois autrement, à une autre température, avec les tons d’une atmosphère nouvelle, la résonance des lieux qu’elle a traversés ; ailleurs et donc doublement présent, revenue avec la faim d’un écrivain mais sans mots sur les traces du passé, dans l’intensité d’un acte de retour.

Outre les carnets, il peut s’agir de  rectangles de papier Canson, de feuilles, précieuses comme une étoffe antique ; de tableaux de toute taille, dont une série s’appelle « Mers intérieures ».

Sur un de ces tableaux, chose rare, une phrase : La toile est le cordon entre le dedans et le dehors. Ici, nous sommes happés par l’espace du dedans. On ne marche pas, on plonge dans la plénitude de la couleur bleue. Le rythme des toiles se décline au ralenti, le pouls du bleu battant sous l’eau.

Claire de Chavagnac Brugnon’s travels have taken her to China, Japan, India, New York, Brittany and elsewhere, always elsewhere, each time leaving a trace of a different temperature, her palette taking us into a new atmosphere, suggesting the way a particular place might resonate for her. Each time she has returned with a writer’s hunger yet without words, retracing the trajectory of the past, with all the intensity of an act of return transfigured in the process of rendering the past present. She might be using a sketchbook, rectangular Canson sheets, or paper with the weave of ancient cloth. There are also paintings of many sizes; among them a series named « Inner seas ». Unusually, a sentence is marked across one of these paintings: La toile est le cordon entre le dedans et le dehors, (the canvas is the vital link between the inside and outside worlds). Here one is taken deep into the interior, diving down into the full intensity of the colour blue. The rhythm of these paintings plays itself out in slow motion, the blueness pulsating under water.
Denis Hirson from the book : Claire de CHAVAGNAC-BRUGNON,La Texture du Temps/The Texture of Time, édition Lelivred’art, 2014.

Note de l’artiste :
Le passage du temps, la mémoire du vécu, sa réalité spatiale dans l’Abstraction au sens chinois du terme -se laisser habiter par l’instant dans ses dimensions spaciales et sensorielles pour pouvoir en restituer l’essence – occupent mes recherches depuis 2007.

Voyages, rencontres ou simple vécu du quotidien nourrissent réfexion et observation qui aiguisent ma perception, proposent de nouvelles réponses, élaguent le chemin.

Le travail commence souvent sur les carnets que j’emporte dans mes déplacements. J’y note mes impressions la couleur du temps, la musique de l’instant au moyen de signes simples organisés sur une trame linéaire. Ils sont la mémoire du Temps traversé, la prise de notes de l’espace par l’efficacité du geste dans l’économie des moyens.

Sur la toile, graphisme et lumière dans le pigment même que révèlent des jeux de superpositions élaborés, sont l’aboutissement d’années de recherches et d’expérimentations dans la fabrication de mes couleurs, et la pose du signe. Matière vibrante aux tons veloutés, grain à fleur de peau, chaque passage sur la toile, de haut en bas, construit un plan qui vient se positionner sur le précédent, dans un jeu de trames donnant à percevoir la profondeur. La forme et sa signification se créent dans l’équilibre et l’interaction des passages successifs sur la toile, au fil d’une « déambulation mentale » ligne après ligne : la mémoire émotionnelle devient objet poteur de son identité propre.

L’œuvre se tisse lentement au fil des jours.

 

My work has been focused on the spatial reality of memories, in terms of experience and the passage of time, since 2007.

Understanding a space, inhabiting it, rendering its essence with its emotional qualities and transcribing the emotions that emerge from that space, in the simplest possible way, form the basis of my approach.

The artistic means I use are basics signs composing a musical and rhythmical written dialogue. The choice of materials and the simple gestures serve to express powerful emotions. The light revealed by the pigment itself through elaborate overlays results from years of research and experimentation. The various coats laid on top of each other provide the deepness. They work independently yet combine to strike a balance between themselves. The rhythmic writing goes from line to line to become a floating weft that keeps the memory of Time.

The piece of art is slowly woven over the passi

juin 2014